Les Assassins

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Les Assassins

Message par Élise le Jeu 22 Oct - 6:54

Bienvenue…Au revoir

« C’est quand on perd quelque chose qu’on se rend compte à quel point on l’aimait. » Quand on entend cette phrase, on se dit « C’est vrai », mais on ne le sait pas, en réalité. Tant que l’on n’a pas perdu quelque chose, on ne peut pas le savoir. Ça ne se sait pas. Ça s’apprend. De la manière forte. On aimerait tout savoir, surtout si des phrases comme celle-ci sont vrais. Pourtant, pour ceux qui l’ont appris, cela aurait été mieux de ne pas le savoir, pour ne pas avoir à perdre quelque chose ou quelqu’un qui nous tient à cœur.

Loin de notre monde, encore trop loin pour que nos navettes spatiales puissent l’atteindre, on trouve un autre monde. Identique au nôtre, mais pourtant différent. On peut voir, de l’Espace, deux grandes surfaces de terre, des océans, des nuages qui passent dans différentes couches de l’atmosphère de ce monde. De là, on ne peut pas voir de séparation de continent, de pays, de province ou de région. Il faut descendre vers la terre ferme pour voir quoi que ce soit. Dès qu’on est entrée dans l’atmosphère, sous la couche de nuages, on peut voir que tout est divisé, mais seulement en villes et en villages. Pour voir de véritables séparations, il faut atteindre la hauteur à laquelle les oiseaux volent. À cet endroit précis, on peut voir des drapeaux flotter dans le vent. Il y en a trois sortes sur la plus grande des surfaces de terre et trois autres sortes sur la deuxième surface de terre. Chaque drapeau avait sa propre couleur et son propre dessin. La plus grande surface avait les drapeaux noirs, portant la silhouette de la mort, gris, affichant la silhouette d’un dragon de la chance, et rouges, laissant battre avec fierté les ailes de la silhouette du phénix. L’autre surface de terre avait les drapeaux blancs, auréolant la silhouette d’un ange, bruns, démontrant la force d’un ours dans sa silhouette, et bleus, montrant un dauphin dans toute sa grâce. Les silhouettes représentaient le nom des nations dirigeantes de ce monde : Mortem, Draco Fortuna, Phoenix, Angelus, Ferre et Delphinus.

Chaque nation avait sa propre citadelle entourée d’une grande ville fortunée où habitent les familles nobles et quelques villes et villages un peu partout sur les terres. Même si tout semble paisible, certains villages sont sous la menace des forces armées. Certains ? Non, tous. Peu importe de quelle nation ils sont au moment de l’attaque, car chaque nation veut avoir le plus de pouvoir sur le peuple de ce monde. Ici, on se bat au fleuret, au sabre et à l’épée. On voit aussi des lances, des arcs, des haches; toutes sortes d’armes sont utilisées, mais il n’y a pas d’armes à feu. Ils ne savent pas ce que c’est encore. C’est peut être mieux ainsi. Moins de morts à enterrer, plus de chance d’avoir quelqu’un pour vous enterrer.

Les nations sont en guerre depuis bien des années. Toutes, sauf Angelus et Mortem. Les dirigeants d’Angelus ne veulent pas faire la guerre. Ils ont leur citadelle, leur ville remplit de gens de tous rangs, sauf des pauvres. Il n’y a pas de pauvres à Angelus. Pas de voleurs. Aucune raison de voler. La pauvreté n’a pas sa place dans cette ville. S’il y en a, on donne une maison, un travail, un peu d’argent pour faire avancer la vie de ces gens qui ont tout perdu, sauf leur famille. Parfois leur famille aussi. À Mortem, ça ne dérange pas. C’est la cité donjon. Là, on enferme les prisonniers. Des meurtriers, des voleurs, mais aussi des gens innocents qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment. Parfois, il y a des exécutions. Des pendus, des brûlés, des dévorés. Dans les souterrains, on peut atteindre un labyrinthe. Personne ne veut être envoyé là. Il y a beaucoup de légendes sur ce labyrinthe, on sait qu’une seule est vraie. Si tu es jeté dans le labyrinthe, tu n’en ressors pas, même si tu as trouvé une sortie. Tu n’en as pas le temps. Mortem est la ville des morts, dirigée par les vivants. Il faut bien se tenir là-bas. Il n’y a pas vraiment d’autres choix.

Les autres nations sont en guerre et le resteront peut être pour un bon bout de temps. La raison ? C’est simple. Le pouvoir. Gouverner sur toutes les terres sans aucun rival. Aucune autorité pour contredire les décisions prises. Personne pour déranger les plans. Bloquer le chemin. Mais ils n’attaquent pas tout le monde. Ils supportent Angelus. Rien de dangereux de ce côté. Angelus ne s’oppose pas, tant que personne n’attaque son peuple. Ils respectent Mortem. C’est là qu’ils enferment ceux qu’ils ont capturés, ceux qu’ils veulent exécuter. Les autres, pas de pitié, pas d’ententes.

Ça parait simple à comprendre. Ça ne l’est pas. C’est dur de vivre là-bas. Un jour tu appartiens à Phoenix. Le suivant tu respectes Ferre. De plus, il n’y a pas que les nations qui combattent. Il y a aussi un autre groupe de gens qui a tenté de se battre. Pas pour le pouvoir. Ils n’en ont rien à faire. Pour la liberté. La paix. Mais pas celle que prédisent ou demandent les pacifistes. Ceux qui parlent dans de grandes salles et demandent audience une fois par mois, sans succès. La paix qu’ils veulent, c’est celle que les gens veulent avoir pour de vrai. Vivre dans le calme. Sans avoir peur d’être attaqué, déménagé, séparé. Cette paix que les nations n’ont pas comprise. Le nom de ce groupe ? Ils n’en ont pas vraiment un. Du moins, ils ne l’ont pas choisi. Ils s’en s’ont fait attitrer un par les dirigeants des villes. « Les Assassins ». Ils ne sont pas engagés pour tuer. Le nom vient d’un accident. Un accident mortel. Des protestations pacifiques peuvent entrainer une réaction agressive des autorités. Une réaction agressive en entraine une autre. Cette réaction causa la mort du fils du Roi de Delphinus. Un adolescent. Venu observer les manifestations. Son intention était d’écouter et d’intervenir auprès de son père. L’accident qui coûta cher aux manifestants. Une bonne partie des gens furent emmenés à Mortem. Ils n’en sont pas revenus. Ils ne reviendront pas.

Les nations ne sont pas en guerre juste pour le pouvoir. Ce serait trop simple à comprendre. Quelque chose ou quelqu’un tire les fils, caché dans l’ombre, comme un marionnettiste active ses marionnettes. Une organisation ? Une personne avec une certaine influence ? Cela n’a pas encore été découvert. Ce qui est le plus étrange, c’est que le groupe des assassins a refait surface. Mais il apporte la peur là où on retrouve ses membres. Des rumeurs passent sur eux. Qu’ils seraient à la solde de ce marionnettiste. Qu’ils tueraient les gêneurs. Personne n’ose se rebeller, protester, avec cela en tête. Ceux qui autrefois protestaient pour ravoir la paix auraient changé de camp. À quoi bon tenter de faire valoir son point si on risque d’y laisser la peau ? Non, ce n’était pas un risque. Rendu là, c’était une certitude. Il n’y avait rien à y gagner. Tout à perdre.

Pourtant, malgré ces nuages noirs qui planent et qui menacent de causer bien des malheurs, il y a des familles qui continuent à vivre dans le calme et la joie. Parmi elles, on retrouve la famille Benaglio. La famille était dirigée par trois frères. L’un d’eux se nommait Juan Benaglio. Il avait des cheveux mi-longs bruns, presque noirs, et lisses et une barbe toujours bien coupées. Ses yeux étaient verts et perçants, mais remplis de tendresse quand il parlait d’un membre de sa famille. Habillé d’une chemise blanche, d’une veste sans manche en cuir brune et d’un pantalon brun à chaque jour, il n’avait pas à s’inquiéter de son apparence. Il était de stature imposante et puissante et utilisait sa grande force pour aider quiconque demandait son aide. Il était généreux et dirigeait sa famille d’une poigne ferme. Il s’était marié à vingt ans à une magnifique demoiselle de dix-huit ans, Maria Delmonte, aujourd’hui appelée Maria Benaglio. Cette dame avait de longs cheveux noirs bouclés, tombant en cascade sur ses épaules robustes habituées aux travaux manuels. Son corps bien moulé, loin d’être frêle ou fragile, était toujours bien couvert par une jupe bourgogne aux multiples jupons, un corset bourgogne et une blouse blanche. Tout comme son mari, elle préférait porter des vêtements similaires chaque jour. Ils formaient un couple parfait. Un seul détail venait briser le tableau. Ils n’arrivaient pas à avoir d’enfants.

C’est presque par miracle, alors que le couple allait se reposer après une longue journée, que de petits coups furent frappés à la porte de leur demeure, située près des murailles de la ville entourant la citadelle de Draco Fortuna. Ce que bien des gens auraient pris pour des coups bien normaux furent interprétés comme des coups de détresse par Juan Benaglio. Il descendit les escaliers en vitesse et marcha vers la porte d’entrée. Quand il ouvrit la porte, il resta sans voie. Un gamin, qui n’avait pas vu plus de neuf années, se tenait devant le cadre de porte, tenant dans ses bras une sorte de boule de couvertures. Pourtant, il tenait ce tas de tissus avec précaution et presque tendresse. Ses cheveux noirs piquetés par-ci par-là de mèches rousselées étaient mouillés et plaqués contre son crâne. Ses yeux verts remplit de détresse fixaient Juan qui ne savait trop comment réagir. Ses vêtements étaient minces et troués, preuve qu’il avait gardé les tissus qui n’étaient pas abimés pour la boule qu’il tenait dans ses bras. Alors que les pas de Maria retentissaient derrière le grand homme, la boule de couverture se mit à chigner, puis à pleurer très fort. Il n’en fallu pas plus, juste les quelques secondes avant que la boule de tissus ne se mette à pleurer, pour que le grand homme fasse signe au gamin d’entrer. La gratitude se lit avec clarté dans les yeux du garçon. Juan referma la porte derrière lui et demanda à Maria d’aller chercher une couverture pour réchauffer le gamin pendant qu’il chauffait le feu. Quand Maria apporta la couverture, elle se prit d’affection pour ce garçon. Cependant, le moment qui fit fondre son cœur fut quand ce dernier déplaça un peu les couvertures, dévoilant le petit visage rose d’un bébé. Une petite fille de quelques mois à peine. Quelques paroles furent échangés entre Juan et le garçon, dénommé Silvio, et il fut décidé que les deux enfants vivraient ici le temps qu’il faudrait. Le petit bébé se prénommait Francesca, un nom qui avait une grande signification en ces temps durs. « Libre ». En une seule nuit, la famille Benaglio avait grandi de deux membres.

Bien qu’il sache que Juan et Maria n’étaient pas ses vrais parents, Silvio les aimait comme tel. Il laissa Francesca croire que le couple était leurs véritables parents. Il connaissait la vérité. Mais, à ce qu’il semblait, elle était pire pour Francesca que pour lui. Il ne parla pas de ses parents au couple. Il ne voulait pas leur causer de problèmes ni risquer que sa sœur se retrouve sans toit ni famille, même s’il était là. Il ne voulait pas qu’elle vive dans la rue. Il avait peur que quelque chose arrive, quelque chose qui ne serait pas naturel et qui n’aurait jamais rien de naturel. Quand Francesca eut neuf ans et qu’il en eu dix-huit, Silvio quitta la maison sans laisser de traces. Seul un message sur la table de chevet de Francesca prouvait qu’il était parti de son plein gré. « Je reviendrais. Je te protègerais toujours ». Depuis, à chaque mois, Juan et Maria trouve une aumônière de toile brune sur la table de chevet de leur chambre et Francesca reçoit une nouvelle fleur qu’elle met dans un vase de verre bleuté. Comme pour respecter elle aussi cette habitude, elle cuisine un jour d’avance des galettes d’avoines, qu’elle enveloppe dans de la toile brune, et dépose son paquet sur sa propre table de chevet. À chaque fois, les galettes disparaissent et sont remplacées par une fleur. C’était le seul signe qui prouvait qu’un garçon avait déjà vécu dans cette maison. L’activité se déroulait toujours la même journée, juste avant le changement de mois. Mais la tranquillité et la joie attirent tout ce qui veut causer le chaos.

*-^-*


Dix-huit ans, c’est l’âge que Francesca venait tout juste d’avoir. Grande, les cheveux noirs parsemés de mèches rousselées tombant sur ses épaules en cascades ondulées, ses yeux verts pétillants, le corps bien moulé sous sa longue jupe brune, son corset rouge un peu vieilli, mais toujours efficace, et sa blouse blanche. Elle se regardait dans le miroir de sa chambre, tournant et retournant sur elle-même, son visage empreint de douceur souriant avec bonheur. Demain était un jour spécial. Mais, pas juste parce que c’était un nouveau mois. Silvio avait laissé un mot, auparavant, pour promettre qu’il viendrait la voir le jour suivant celui de ses dix-huit ans. Il n’avait pas précisé quand en particulier, mais Francesca avait hâte. Revoir son frère après neuf années, c’était le plus beau cadeau que la vie aurait pu lui faire pour ses dix-huit ans. Décidant qu’elle avait fait assez de tours sur elle-même, Francesca jeta un coup d’œil par la fenêtre à sa gauche. Le soleil était brillant et chaud, parfait pour ensoleiller une journée. Elle se détourna de la fenêtre et se dirigea vers sa droite, s’éloignant du lit qui se trouvait à la gauche de la fenêtre. Elle poussa la porte de sa chambre et entendit des voies. Une voie d’homme, qu’elle ne connaissait pas, résonnait du salon, endroit d’où la voie de son père résonnait aussi. Comprenant que Juan s’entretenait avec quelqu’un, Francesca descendit les marches de l’escalier, qui se trouvait juste en face de sa chambre, sans bruit et tourna sur sa droite, le sens contraire de la porte menant au salon. Pénétrant dans la cuisine, un grand sourire illumina le visage de Francesca. Maria Benaglio farfouillait dans les armoires pour sortir des ingrédients. Il y avait déjà de la farine et de l’avoine sur la grande table prônant au milieu de la grande pièce. Il y avait des armoires sur chaque mur, laissant un unique espace libre sur le mur pour une fenêtre, petite, certes, mais assez grande pour apporter de la lumière naturelle à toute la pièce. Francesca s’approcha de Maria, joyeuse, et parla de sa voix douce, chaleureuse et mélodieuse :

-Je peux t’aider ?

Maria se retourna, un peu surprise, puis sourit avec bienveillance :

-En faite, c’est moi qui essayais de t’aider. Il semblerait que je ne sois pas assez rapide.

Francesca se mit à rire. Un rire doux et clair comme un rossignol. Quand Maria déposa le reste des ingrédients sur la table, Francesca commença à préparer la pâte. Madame Benaglio sortit de la cuisine, laissant sa fille à la tâche. Elle savait combien Francesca tenait à cette sorte de tradition qui la reliait à son frère. Elle ne voulait pas lui voler cela. Quand Francesca eut formé la pâte en galettes, des pas résonnèrent à l’entrée de la cuisine. La jeune femme releva la tête et observa le nouveau venu, intriguée. Un frisson passa dans son dos. C’était un homme grand, mais pas aussi grand que Juan. Il lui manquait au moins un pied. Ses cheveux courts étaient noirs avec une ligne de gris qui formait une couronne autour de sa tête. Ses yeux étaient gris, presque métalliques, et la fixaient avec avidité. Une longue cape, des bottes de cuir, des pantalons serrés, une chemise et une ceinture portant le symbole de Mortem. Tout était en noir et incrusté d’argent. Le tableau était effrayant, mais les yeux insufflaient une plus grande peur chez Francesca. Elle avait l’impression de les avoir déjà vus. L’impression que ces yeux apportaient de mauvaises choses avec eux, de mauvais souvenirs. Un sourire étira les maigres lèvres de cet homme à la peau blanche comme la mort :

-Tu dois être Francesca, n’est-ce pas ?

Sa voie était rauque et fit frissonner la jeune femme encore plus. Elle ne fit que hocher la tête et se tourner vers le grand poêle à bois au fond de la cuisine, le sens opposé à cet homme de cauchemars. Le poêle était déjà allumé. Il manquait seulement un peu de bois. Elle ramassa quelques bûches près du poêle et les mit dans l’ouverture avant de refermer la porte. Quand elle se retourna, elle manqua sauter jusqu’au plafond. Cet homme se tenait là, à quelques centimètres d’elle, son affreux sourire bien visible :

-Je me présente, Mercutio Agostino, dirigeant et roi de Mortem.

Il prit la main droite de Francesca avec une étrange délicatesse et déposa ses lèvres sur le dos de la main, envoyant une décharge glacée dans tout le corps de la jeune femme au moment du contact de ces lèvres froides avec sa peau. Mercutio releva la tête :

-N’auriez-vous pas un frère, par hasard ?

Ne laissant même pas le temps à Francesca de réagir, la voie puissante de Juan retentit à l’entrée de la cuisine :

-Agostino !

Mercutio relâcha la main de Francesca et se tourna vers le grand homme, pas le moins du monde intimidé quand Juan se rapprocha et le dépassa d’une bonne tête. Francesca, elle, fut soulagée de voir son père arriver. Juan fixa Mercutio avec fermeté :

-Je vous avais demandé de ne pas vous approcher de ma fille. Je croyais avoir été assez clair à ce sujet.

Agostino sourit :

-Bien sûr, mais je croyais que c’était votre femme, au départ. J’espère que vous me pardonnerez.

Il se tourna vers Francesca, lui arrachant un dernier frisson en croisant son regard, puis contourna le grand homme et sortit de la cuisine. La porte de l’entrée claqua et des bruits de cavaliers s’en allant au galop retentirent dans la cour peu de temps après. Juan se tourna vers sa fille :

-Tout va bien, Francesca ?

La jeune femme hocha la tête :

-Oui, père.

-T’a-t’il posé des questions ?

-Une seule, père, mais vous êtes arrivé juste au moment où il l’avait formulé.

-Je vois…

Un sourire réconfortant apparut sur les lèvres de Juan, ce qui réchauffa le cœur de Francesca. Le grand homme serra sa fille dans ses bras et passa sa main dans ses longs cheveux. Francesca l’entendit murmurer, comme pour lui-même :

-Il ne l’aura pas. Tant que je vivrai, il n’aura pas Francesca.

*-^-*

Assise dans le salon, Francesca s’affairait à fabriquer une aumônière pour les galettes. Elle s’était dit que ce serait plus facile à transporter quand elle avait commencé à faire des galettes, deux jours avant que Silvio ne quitte la maison. La jeune femme fixa l’aumônière terminée :

-Je crois bien qu’il manquait une aumônière dans mes affaires, d’ailleurs, le matin après son départ.

Ne voyant pas où son propre raisonnement menait, elle haussa les épaules et alla dans la cuisine pour ranger les galettes dans l’aumônière. Il commençait à se faire tard et il fallait préparer la maison pour la nuit. Toute la soirée, elle et ses parents s’affairèrent autour de la maison, vérifiant chaque pièce. Après un moment, ils montèrent à l’étage pour aller dormir. Tout était prêt pour la nuit. Les lumières éteintes, les portes et les fenêtres verrouillées et les galettes pour Silvio placées sur la table de chevet de Francesca. La jeune femme, étendu sur son lit, fixait l’aumônière de galettes comme si son frère allait prendre sa place. Elle avait hâte de le voir. Pour Francesca, cela faisait une éternité qu’elle ne l’avait pas vu. En fait, une éternité semblait courte comparé à la longueur et la lenteur à laquelle le temps avait passé pour elle. Les journées où elle préparait les galettes étaient les plus longues. Elle espérait toujours pouvoir le surprendre, le voir arriver et le serrer dans ses bras. Au moins une fois. Mais, comme à chaque fois, Francesca s’endormit sans le voir.

*-^-*

À l’extérieur, dans l’air frais de la nuit, la ville n’était pas aussi calme qu’elle aurait dû l’être. Les maisons de pierres collées les unes sur les autres, semblant chaleureuses et confortables en temps normal, étaient effrayantes avec ces ombres qui passaient devant elles à toute vitesse. Ces ombres étaient celles de cavaliers habillées de manteaux aux larges capuchons, cachant leurs traits et leurs donnant l’aspect de spectres de la mort. Ces cavaliers tenaient dans une main leurs sabres reluisant sous la lueur des lampes à l’huile, allumées chaque nuit au cas où des voyageurs arriveraient dans la noirceur. Ils semblaient chercher quelque chose. D’ailleurs, ce quelque chose se promenait au même moment de toit en toit, de balcon en balcon, pour ne pas être remarquée. Ce qui reste hors de la lumière ne peut pas être vu par ce qui se trouve dans la lumière. Cependant, un mouvement peut être perçu dans l’ombre. C’est d’ailleurs ce qui se passa. Un cavalier remarqua un mouvement sur les toits et tourna la tête dans sa direction. Une forme sauta d’un des toits pour aller sur un autre et le cavalier partit à sa poursuite. Par la droite, par la gauche, traversant un petit pont, il ne lâcherait pas l’ombre tant qu’il ne l’aurait pas abattue. L’ombre le sentit. Un bond, quelques atterrissages plus bas, l’ombre touchait le sol. Le cavalier fonça vers l’ombre, le sabre prêt à frapper. L’arme s’éleva, du sang gicla, un cri de douleur et d’agonie retentit, alertant les autres cavaliers. Ils convergèrent tous dans la même direction, arrivant là où la rencontre avait eu lieu. Un cadavre à la poitrine transpercée étendu sur le sol, un homme encapuchonné debout avec un sabre à la main, tenant la bride du cheval. L’un des cavaliers sourit et une voix rauque à faire frissonner les plus courageux retentit sous son capuchon :

-Bien, notre tâche fut plus facile que je le pensais. C’est bien mieux ainsi. Demain, à l’aube, nous aurons une autre tâche à accomplir. Je compte sur vous tous.

Les autres cavaliers hochèrent la tête, sauf celui qui se tenait à côté de son cheval. Le cavalier à la voix rauque fit tourner les talons à sa monture et les autres firent du même. Restant à côté du cheval, l’homme encapuchonné tourna un peu la tête, vérifiant que les cavaliers étaient partis, et fixa le cadavre, le véritable maitre du cheval. Il resserra sa prise sur la bride et murmura de sa voix suave maintenant empreinte d’inquiétude :

-Francesca…
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Élise

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